Etre
alchimiste ou transformer sa réalité banale
Magazine
Vitalité Québec,
octobre 2001
Chronique de Mme Louise Gauthier, suite à une conférence
en mars 2001
Par Louise Gauthier
Ce texte a été rédigé selon
les propos recueillis lors d’une conférence de Patrick
Burensteinas, alchimiste et physicien, au printemps 2001. Il
n’est qu’un pâle et très partiel reflet
des propos tenus à cette conférence.
M. Burensteinas est un personnage très coloré
et très intéressant, qui possède un
humour certain. Ses conférences sont un vrai plaisir
pour l’esprit.
"Si tu viens à l’alchimie pour faire
de l’or, tu ne l’apprendras jamais et si tu sais
déjà faire de l’or tu n’en as pas
besoin."
Sortons d’abord de la légende qui dépeint
l’alchimiste comme cet hurluberlu caché au fond
de son labo manipulant des creusets pour réussir à
faire de l’or ou découvrir l’élixir
de longue vie afin de devenir immortel. Les alchimistes recherchent
la même chose que nous tous : le bonheur. Pour l’alchimiste,
le bonheur, c’est la perception de l’unité.
L’alchimie est du domaine du non-ordinaire, dans lequel
l’alchimiste vogue aussi à l’aise que nous
dans la réalité ordinaire. Car pour lui, le non-ordinaire
est tangible. Ce n’est qu’un changement de point
de vue, et ses outils lui permettent de découvrir ce
qui nous unit.
L’alchimie est un art et il comporte des applications.
L’une d’elles concerne la santé du corps
humain. C’est la contribution personnelle de Patrick
Burensteinas à l’alchimie et qu’il appelle
la trame.
Par ailleurs, les alchimistes se communiquent entre eux leurs
secrets au moyen de la langue des oiseaux, une petite merveille
de jeu de mots.
Le Grand Art
Vous êtes dans un endroit avec quelqu’un et vous
vivez le parfait bonheur. Tout est parfaitement à sa
place, vous aussi, mais vous ne savez pas pourquoi c’est
ainsi. Si vous vous posez la question, vous n’êtes
plus bien. Car dès qu’on essaye d’interpréter
ce bonheur avec notre mental, il nous échappe.
Le mental est un outil extraordinaire pour travailler sur
la réalité ordinaire. Mais pour comprendre avec
le mental, on doit tout fractionner et tout placer sur une
ligne chronologique. On raisonne. Or, le bonheur n’est
pas raisonnable. L’unité du monde non plus. Avec
l’alchimie on apprend à utiliser d’autres
outils.
En alchimie, à la différence d’en chimie,
et de façon semblable à la physique, l’expérimentateur
a une place dans l’expérience. Et non seulement
l’expérimentateur y a-t-il une place mais sans
lui, pas d’alchimie.
Prenons l’exemple de l’art culinaire. Donnez
à deux chefs de même formation la même recette
et les mêmes ingrédients et demandez-leur de cuisiner
le même plat. L’un des plats sera meilleur que
l’autre. L’on dira de celui qui l’aura réussi
qu’il est meilleur cuisinier que l’autre. L’alchimie
c’est un peu ça.
L’expérimentateur met une partie de lui à
l’intérieur de l’expérience. Il entretient
un dialogue avec la matière, avec laquelle il ne fait
qu’un, et c’est là son but : reproduire
devant lui quelque chose qui représente l’univers.
C’est pourquoi l’alchimie s’appelle le Grand
Art et non la grande technique ou la grande méthode.
L’alchimiste se mettra ensuite au diapason de cette
chose. Il entrera en résonance avec elle. Il sera en
chaque chose et chaque chose sera en lui. Il sera dans l’unité.
Ce fameux diapason, celui qui va donner la note, le point commun
(dans la langue des oiseaux, le point «comme un»)
est dans chaque chose. C’est ce qu’on appelle la
pierre philosophale ou le vitriole des alchimistes. Vitriole
est un mot qui contient les initiales d’une phrase latine
que je vous épargne et qui veut dire : Visite l’intérieur
de la terre et en rectifiant tu trouveras la science de la
vie. Ou encore : Visite l’intérieur de toi-même
et tu trouveras la pierre sacrée.
Suivre sa voie
En alchimie, la morale n’a aucune importance. L’alchimiste
essaie seulement de suivre ce qui est juste pour lui. Ce qui
est bien pour l’un ne l’est pas nécessairement
pour l’autre. Chacun suit sa voie, sa propre voie initiatique
dans sa quête de l’unité.
La voie initiatique est un pont de planches. À chaque
pas en avant, la planche de derrière saute. L’initié
n’a pas le choix. Il doit avancer et changer. La philosophie
de l’alchimie parle de changements d’habitudes.
Chacun a ses habitudes. Même si elles ne sont pas bonnes,
elles sont nôtres et nous y trouvons un certain confort,
un certain point de vue sur le monde. Chaque fois qu’une
personne évolue, c’est qu’elle s’est
mise dans une situation où elle n’avait pas le
choix de changer ses habitudes, son point de vue. Elle a fait
un pas sur le pont initiatique. Chaque pas est irréversible,
ce qui entraîne une véritable transformation.
La voie initiatique n’est pas facile et ce n’est
pas l’affaire de trois semaines ou de quelques mois.
C’est le travail d’une vie. Et lorsqu’on
pose le pied sur ce pont, il faut savoir qu’on ne sera
plus jamais la même personne.
C’est une voie qui nous engage totalement. En alchimie,
il n’y a pas de guru ou de maître. On est sur la
voie de la liberté absolue. Personne ne vous prendra
la main, ne vous indiquera le chemin. Par contre, vous avez
tous les choix. Celui qui est passé avant vous peut
vous raconter qu’il est passé par ici ou par là,
mais cela ne veut pas dire que vous prendrez le même
sentier. L’intérêt c’est que tous
les chemins mènent à l’unité.
C’est un peu comme un arbre. Il a un tronc et des feuilles.
À partir de chaque feuille, on peut retourner au tronc.
Ainsi, chacun d’entre nous peut retourner à l’unité,
à cette perception de l’unité. Chacun est
maître de son destin, a le pouvoir. Chacun fait ce qu’il
veut. Dans ce monde, on obtient toujours ce que l’on
veut profondément. On est toujours gagnant. Il s’agit
de vouloir trouver le point «comme un».
La matière, le point commun
Pour trouver le point «comme un» nous n’avons
qu’à utiliser ce qui est autour de nous. La matière,
«l’amas tiers», ou «l’âme
à tiers» : un tiers d’âme et deux
tiers d’autre chose. Nous pouvons donc trouver le point
«comme un» qui est en chaque chose, à condition
de la séparer en trois principes. Selon le point de
vue alchimique, ces trois principes existent effectivement
dans tous les corps qui font un : le sel, le souffre et le
mercure. Ésotérique ? Pas tant que ça.
Prenons l’exemple de la plante. Pour trouver les trois
principes de base, l’alchimiste décompose la plante.
C’est ce qu’il appelle la première
œuvre, une œuvre de décomposition. Lorsqu’on
décompose quelque chose, cela devient noir. C’est
la raison pour laquelle la première œuvre alchimique
s’appelle aussi l’œuvre au noir. Qu’on
brûle, qu’on essaie de détruire ou qu’on
laisse se putréfier une plante, il en restera toujours
quelque chose d’indestructible que l’alchimiste
appelle le sel. C’est le principe le plus fixe, le plus
dense, ce qui transporte et fixe l’information dans tout
corps : les cristaux.
Dans le corps humain, ce principe est constitué par
les minéraux. Lorsque le corps se décompose,
ce qui reste, c’est le fer du sang et les minéraux
des os.
Le deuxième principe est le principe animé,
celui qui donne le mouvement. Ce principe est rouge et actif.
Chez la plante, c’est l’huile essentielle, «essence
ciel». Dans le vocabulaire alchimique, les huiles essentielles
des plantes sont appelées le souffre. Chez l’être
humain, l’émotion constitue le souffre. C’est
ce qui nous anime «l’é motion». Et
ce souffre doit être exprimé. Si on garde son
souffre à l’intérieur de soi, on souffre,
on ressent de la souffrance, «souffre en ce». Le
corps possède des moyens naturels pour exprimer le souffre,
dont le principal est le souffle. Et le souffre est toujours
exprimé de manière thermique et dynamique.
Par exemple, vous venez de recevoir une nouvelle. Vous expirez
bruyamment : «Fiou ! » Si la nouvelle est mauvaise,
vous circulez dans la pièce, vous avez chaud, vous bouillez
de colère et vous criez. Si vous venez de gagner à la
loto, vous courez partout en criant. Vous devez évacuer
l’énergie engendrée par l’émotion.
Vous ne pouvez pas garder la nouvelle pour vous. Vous sautez
sur le téléphone et vous appelez quelqu’un.
Pas de réponse. Vous tapez sur la table. Boum ! La table
vous renvoie une partie de l’énergie ; à preuve,
elle frappe votre tympan. Somme toute, vous essayez par tous
les moyens de transformer cette énergie en autre chose
pour la sortir de vous.
Si le corps n’arrive pas évacuer le souffre par
le souffle, de manière thermique et dynamique, il va
réagir en créant des maladies dites rouges, relatives
au feu : inflammations, irruptions, brûlures. Ce sont
les premières manifestations d’un surplus de souffre
accumulé. Si le souffre n’est toujours pas exprimé et
continue à s’accumuler, il y aura blocage, des épaules,
du système d’expression, de la respiration, le
centre du souffle, dans l’abdomen et l’on ressent
les douleurs lombaires qui y sont associées.
Alors, rien ne sert de traiter le symptôme, il faut
aller à la cause : l’émotion, le souffre.
Autrement, c’est comme plâtrer une chaudière
surchauffée qui a craqué, tout en continuant
à l’alimenter en charbon.
Et nous, les humains, nous pouvons faire encore pire. Nous
pouvons souffrir aujourd’hui de quelque chose qui aura
peut-être lieu demain. Nous pouvons aussi manifester
un symptôme associé à quelqu’un d’autre.
Nos choix sont multiples, notre nature est merveilleusement
organisée.
Le troisième principe est le plus subtil, le plus volatil.
Il est constitué par l’esprit qui est
à l’intérieur de toute matière.
En termes alchimiques, c’est le mercure, un principe
blanc. Pour reprendre l’exemple de la plante, le sel
était constitué des cendres, le souffre était
lié à ses huiles essentielles, et le mercure
correspond à ce qui s’évapore de la plante
en décomposition, un corps très volatil et subtil
qui sort de la matière. Le mercure est aussi appelé
spiritueux, esprit de vin ou alcool.
La suite de cette œuvre au noir, c’est une recomposition
selon un ordre bien précis, en suivant scrupuleusement
les étapes : l’œuvre au rouge et l’œuvre
au blanc. Nous n’entrerons pas dans les détails
de ces opérations. Ce n’est pas qu’elles
manquent d’intérêt, au contraire, mais nous
n’avons pas ici l’espace pour le faire.
La Trame
Toujours d’un point de vue alchimique, le corps humain
n’est qu’un agrégat temporaire de trois
règnes : le minéral, le végétal
et l’animal.
Les animaux de notre corps, nos cellules, composent une colonie
de 40 milliards de milliards d’individus. Les minéraux
vibrent et constituent notre structure. Ils créent l’équilibre
acido-basique agissent comme neurotransmetteurs. Le végétal
effectue quelque chose d’exceptionnel, il transforme
l’énergie en matière, il fait ce qu’on
appelle en langage alchimique la transmission physique et la
photosynthèse en langage ordinaire. Le principal siège
végétal du corps est la flore intestinale.
Notre corps est une ville. Les cellules qui sont au milieu
de la ville ont besoin d’air et de nourriture tout autant
que celles qui sont autour et plus à même de s’en
procurer. Il y a donc une collaboration entre les cellules
pour maintenir la colonie en place. Tout un système
est en action. Divers couloirs d’alimentation et de communication
de l’information sont créés. Tout cela
fonctionne selon un plan préétabli, un canevas
d’information de base, une trame.
Que cette collaboration entre les membres de la colonie cesse
pour une raison ou une autre, la colonie peut se dissocier
et créer une nouvelle colonie anarchique : une tumeur.
Les matériaux de base sont toujours les mêmes
: minéral, animal, végétal. La différence
entre les divers plans, les diverses trames crée la
diversité des corps, des êtres.
L’approche santé de l’alchimie, c’est
une intervention vibratoire et harmonique sur la trame. L’aspect
technique constitue une série de gestes qui permettent
d’évacuer les émotions (le surplus de souffre)
qui perturbent le fonctionnement de la trame. Les
émotions seront expulsées à l’état
brut, sans causer le traumatisme du souvenir comme lorsqu’on
revit une émotion en psychanalyse. Elles sont expulsées
simplement, sans valeur associée. C’est une opération
purement mécanique.
Le deuxième aspect de la thérapie de la trame
consiste à harmoniser le fonctionnement du corps. Chaque
cellule, chaque végétal et chaque minéral
du corps, avec sa masse propre, son propre poids, vibre à
sa façon. Mais chaque cellule chante d’une voix
différente de sa voisine. L’intérieur du
corps peut donc ressembler à une cacophonie. La thérapie
de la trame intervient donc au niveau harmonique, comme un
directeur de chorale qui donne la note pour que tous les membres
du chœur soient au même diapason. Un corps en harmonie à l’intérieur
de lui-même, par rapport à lui-même, court
toutes les chances d’être également en harmonie
avec son environnement. Et si l’on considère la
maladie, «mal a dit», du point de vue alchimique
comme une adaptation disharmonique par rapport à la
trame de base et par rapport à l’environnement,
puisque selon ce point de vue, l’homme est une adaptation
profonde à
son milieu, cette thérapie s’avère efficace.
Contribuer à placer quelqu’un en voie de guérison
avec la trame n’est qu’une conséquence heureuse
du jeu initial qui fait que nous devons être le plus
possible en chaque chose et que chaque chose est en nous.
L’alchimiste travaille dans un éternel présent
et le présent est un «présent».
A noter :
Pour connaître son horaire lors de son passage au Québec
ou pour obtenir la liste des thérapeutes qui travaillent
avec la Trame au Québec, communiquez avec Diane
Messier.
Pour en savoir plus long sur la technique de La Trame, on
peut se procurer le livre de Patrick Burensteinas, «La trame, se soigner par l’énergie du monde». Reportez-vous à la
section Publications. |