Entrevue
avec Patrick Burensteinas
Réalisée par un journaliste du site
français France-Spiritualités.
France-Spiritualités :
Patrick Burensteinas, bonjour. Pourriez-vous, pour commencer, nous dire comment
vous êtes venu à l'Alchimie ?
Patrick Burensteinas :
L'Alchimie, on y tombe dedans quand on est petit. Mon père
était marchand de métaux, ce qui veut dire que
j'ai été élevé dans la ferraille.
L'odeur du métal, le toucher du métal, avoir
cette espèce d'affinité avec le métal
étaient pour moi des choses importantes. Et puis, j'ai
toujours aimé les petits jeux de chimie, faire des mélanges,
faire exploser des placards chez ma mère -- ce que j'ai
fait ! Ma scolarité a été
assez mauvaise ; j'étais nul à l'école,
sauf en chimie et en physique ; là, j'aimais bien savoir
ce qu'il y avait à l'intérieur des choses.
Plus tard, quand je suis entré à l'université,
je suis tombé nez à nez avec la physique, et
j'ai retrouvé l'instinct d'aller chercher à
l'intérieur de la matière. L'idée, c'était
de se dire : « Et bien, la matière que l'on voit,
c'est très intéressant, mais cela ne me satisfait
pas. Qu'y a-t-il de secret à l'intérieur ? Qu'est-ce
qui fait qu'une matière est différente d'une
autre, par exemple ? Qu'est-ce qui fait qu'une est dure, une
est molle, une est chaude, une est froide ? Et puis n'y aurait-il
pas une matière à l'origine des autres matières,
quelque chose dont tout serait né ? » Il s'agissait
quasiment d'une interrogation métaphysique. Et la physique
répondait à cela, puisque l'on partait de un
-- ce qui me satisfaisait tout à fait -- et qu'à
partir de ce un, en le complexifiant, on arrivait à
notre réalité. C'était magique. A partir
de là, j'ai suivi un cursus universitaire pur et dur,
et j'ai été amené à m'intéresser
vraiment au cœur de la matière. Et en travaillant
au cœur de la matière, en faisant une expérience
particulière de physique -- que vous connaissez -- je
me suis rendu compte qu'il y avait une interaction entre l'homme
et la matière, ce qui est maintenant unanimement reconnu.
En effet, le premier postulat de la physique quantique
énoncé par Max Planck est l'expérimentateur
a une place dans l'expérience ; le fait d'observer un
phénomène le modifie. Ca, c'est magique ! Ca
veut dire que si je regarde quelque chose, une pomme par exemple,
et bien ce n'est plus la même. Donc, j'ai une influence,
j'ai modifié la matière, j'ai changé
la matière, par ma seule présence ! Cela veut
dire que sans aucune matière, je suis capable de modifier
mon environnement ; c'est absolument génial !
Je me suis dit que si je ne trouvais pas ce que je cherchais
dans les livres standards, il y avait peut-être autre
chose. Je suis alors tombé, par "hasard",
sur un vieux livre d'un hyperchimiste du siècle dernier,
François Jollivet-Castelot, qui parlait de l'âme
de la matière. C'est d'ailleurs le titre du livre :
L'âme de la matière, qui est sorti en 1894, donc
bien avant la description de la théorie de la relativité
-- restreinte ou générale -- qui date de 1905.
Dans cet ouvrage, Jollivet-Castelot parle de quelque chose
d'impalpable, associé à la matière, sur
lequel on peut avoir une action qui engendre une réaction
; il sait cela. C'est exactement ce que j'ai vu ! Et c'est
dans ce livre que pour la première fois j'ai entendu
parler d'Alchimie. Ma première réaction a été
de me dire : « Mais qu'est-ce que c'est que ce fatras
de superstitions moyenâgeuses ? Pourquoi pas un chapeau
pointu et une grande barbe ? » Et puis, comme j'aime
bien toucher, je me suis dit : « Après tout, l'Alchimie,
on en parle depuis toujours... il y a peut-être quelque
chose derrière. »
Et puis j'ai eu une autre chance, celle de tomber sur un livre
d'Alchimie qui donnait des modes d'emploi, c'est à
dire qu'il disait : « Si vous faites telle expérience,
il va se passer ça. » Et moi, je savais que sur
un plan physique et chimique, ça n'était pas
possible. Je me suis donc dit que la meilleure façon
de le savoir, c'était d'essayer. Donc, comme j'avais
accès à un laboratoire, j'ai essayé --
et ça a marché. Et là, j'ai commencé
à me poser des questions. J'avais deux possibilités
: la première c'était de dire : « C'est
trop bizarre pour moi, je ne veux pas savoir ; je reste dans
ce que je connais, ou plutôt dans ce que je sais »,
ou alors je mettais le doigt dedans et je voyais ce qui allait
se passer… et c'est ce que j'ai fait. J'ai monté
mon labo complètement ; j'avais 22 ans, et j'ai travaillé
à peu près 15 ans dedans, sur les trois règnes
-- minéral, végétal et animal -- et j'ai
essayé de plus en plus, pour voir ce qui se passait.
Paradoxalement, ce qui est amusant, c'est que je n'ai pas du
tout eu la démarche des Alchimistes ; en effet, je n'ai
pas commencé par les symboles ni par les livres mais
j'ai commencé par expérimenter, et à
travers les expériences, j'ai compris les symboles,
et non le contraire -- c'est vraiment la démarche inverse.
J'ai donc essayé au feeling ; je me suis demandé
quel pouvait être le secret de la matière. ma
démarche a été la suivante : logiquement,
il doit y avoir une vibration initiale, une résonance
de base. Comment faire, alors, pour trouver la résonance
d'un objet ? Et bien, en le décomposant -- ça
me paraît complètement normal. Et comment le décomposer
? Ca me paraît complètement normal aussi d'utiliser
un acide ? Et quel acide ? On va essayer différents
trucs. Et l'expérience fait qu'on retombe sur des textes
et qu'on retombe aussi sur des imbécillités qui
ont été aussi dites par les alchimistes. Parce
qu'il y énormément de gens qui parlent de voies
alchimiques. Il y a énormément de voies : j'ai
de plus en plus tendance à penser qu'il y a une voie
par alchimiste et que rien n'est impossible. J'aime bien la
phrase « Il ne savait pas que c'était impossible,
alors il l'a fait. »
Par conséquent, on ne peut pas dire : « Avec
ça, on ne peut pas réussir. » On peut dire
: «D'après ce que je sais, d'après ce que
j'ai expérimenté, je n'ai pas réussi
à partir de cela ». Mais rien n'est impossible,
tout est plus ou moins probable. Puisque tout est dans tout,
je peux partir de n'importe quoi pour aller n'importe où.
C'est vrai qu'il y a des chemins plus directs, plus faciles
; mais la différence fondamentale entre l'Alchimie et
la chimie, c'est que l'expérimentateur a une place dans
l'expérience, et que sa place est essentielle. Et quand
je vais travailler un métal, ce n'est pas le métal
que je vais travailler, mais le couple alchimiste-métal,
une nouvelle entité, qui ne va pas réagir de
la même manière. C'est pour ça que si je
suis un chimiste et que je fonds un métal, je vais avoir
un résultat, et si je suis un alchimiste et que je fonds
un métal, je vais avoir un autre résultat. Parce
qu'en fin de compte, ce n'est pas le même métal
: il est ouvert autrement, il est fait autrement, il a une
réaction différente. Donc, notre alchimiste va,
comme on l'a vu avec les principes de la physique quantique,
influer sur la matière et peut-être donner juste
la bricole qui va déclencher la réaction ; pour
un catalyseur, il n'en faut pas beaucoup pour déclencher
quelque chose, mais si on ne l'a pas, ça ne marche pas.
Donc, je pense que l'on peut partir de n'importe quoi pour
arriver n'importe où -- comme disait Pierre Dac -- et
dans ce cas, on ne doit rien à personne. Ce qui veut
dire, pour moi, qu'il n'y a pas de différence entre
la science et l'Alchimie : il ne s'agit que de deux points
de vue différents.
Prenons l'exemple de la transmutation ; on nous répète
depuis des siècles que la transmutation n'existe pas,
que ce sont des fous furieux qui parlent de ça, mais
on en a des exemples tous les jours ! La transmutation radio-chimique,
on la voit tous les jours : si on regarde du plutonium pendant
quelques siècles, il finira par devenir du plomb, tout
le monde le sait. Je n'ai pas mis de produit chimique, mais
pourtant, ça se transforme ! Il y a bien une transmutation.
Autre exemple : je mange tous les jours et je transforme donc
de la matière en énergie -- si ça n'est
pas de la transmutation, qu'est-ce que c'est ? Les arbres qui
nous font des feuilles avec de la lumière, si ça,
ça n'est pas de la transmutation, qu'est-ce que c'est
? Donc, il n'y a pas de raison que l'alchimiste ne fasse pas
de transmutations. Encore une fois, on peut prouver qu'il fait
de la transmutation. On a besoin, dans certaines voies, d'utiliser
de la rosée ; en fait, la rosée n'a pas vraiment
d'importance - c'est ce qu'il y a dedans qui est important.
Le sel de rosée est un nitrate d'ammonium. On trouve
un nitrate à l'intérieur de la rosée ; ça, ça
n'a qu'un intérêt relatif. Mais le véritable
intérêt, c'est que je peux faire cristalliser
le sel à l'intérieur de la rosée ; pas
en l'évaporant, mais je peux vous donner un secret si
vous ne le connaissez pas : en faisant passer un rayon de lumière à l'intérieur.
Une cristallisation va ainsi s'opérer, c'est-à-dire
que le nitrate d'ammonium va pousser à l'intérieur
autour du rayon de lumière. Je le sors, et si j'analyse
l'eau, j'ai du deutérium et du tritium, ce qui veut
dire que j'ai une réaction nucléaire à
froid -- et la fusion que l'on cherche depuis des siècles,
elle est là ! Et c'est ce que l'on cherche à
faire ; on recherche l'unité -- c'est une voie métaphysique
-- et donc le rassemblement des corps. Donc, on n'a aucune
chance de la trouver par la fission, mais par contre, on a
des chances de la trouver par la fusion, et c'est bien ce qui
se passe. Les étoiles fonctionnent de cette façon.
F.-S. : Vous enseignez une technique
que vous avez mise au point vous-même, et à laquelle
vous avez donné le nom de "Trame®". Pouvez
vous nous expliquer en quoi elle consiste et comment vous avez
développé ce concept ?
P. B. : La "Trame®",
comme son nom l'indique, c'est comme la trame d'un tapis. Pour
que les fils restent en place, il faut une trame. Si je n'ai
que les fils, ça ne tient pas. Et on s'aperçoit
que la matière est constituée de la même
manière. Pour que la matière existe, il faut
qu'il y ait un message à l'intérieur, un schéma
de cohérence ; sinon, ce n'est jamais que des électrons,
des atomes, mais pas de la matière constituée.
Donc, on peut dire qu'un corps est différent d'un autre,
simplement parce que le message qu'il contient diffère.
Et si je retire le message, le corps se décompose. Si
c'est vrai pour les minéraux, si c'est vrai pour les
tapis, je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas vrai
pour les animaux, et bien sûr pourquoi ça ne serait
pas vrai pour les végétaux. D'autant plus que
notre corps est constitué par les trois règnes
-- animal, végétal, minéral -- selon leurs
vertus, puisque le minéral a comme particularité
de stocker de l'information et de faire des structures profondes
; on l'a situé dans notre corps pour le calcium des
os, pour faire du sang, les neurotransmetteurs, qui sont des
métaux ou des métalloïdes. Les végétaux,
quant à eux, transforment l'énergie en matière
-- on l'a vu lorsqu'on a évoqué la transmutation
; dans le corps humain, ils sont placés là où
l'on transforme la matière en énergie, où
l'on digère : c'est par exemple la flore intestinale,
qui nous aide à digérer. Et les animaux sont
les cellules qui se regroupent en colonies pour donner le mouvement,
puisque par exemple si le fer est capable de stocker de l'information,
il n'est pas capable de l'amener d'un point
à un autre ; il faut donc un véhicule, et l'on
peut considérer que les cellules sont les animaux qui
permettent de faire cela. Il y a 40 milliards de milliards
de cellules dans un corps humain ; comment pourrait-on imaginer
une ville avec autant d'habitants ? On ne l'imagine même
pas. Sur Terre, nous sommes 6 milliards, et nous avons du mal à rester
ensemble. Comment serait-il possible que sans règles,
tout cela reste ensemble et surtout que cela garde la même
forme ? Il est donc impossible que cela reste en place s'il
n'y a pas de schéma directeur, s'il n'y a pas un canevas
d'informations permettant justement de garder tout cela en
place. Et ce canevas, c'est la trame.
J'ai appelé cela la trame parce que c'est comme un tapis.
Il m'a donc semblé qu'il s'agissait du mot le plus simple.
Et ce schéma est un schéma quantique, avec des
lignes imaginaires, qui maintient en place chaque composant
de notre corps et qui lui dit en gros : «Toi, tu vas
faire ça. » Et à ce moment là, si
l'on a une altération des chemins d'information, il
peut y avoir des altérations de ce qu'il y a dessous.
Si je prends par exemple un tapis et que je coupe la trame,
les fils partent de tous les côtés, et le dessin
n'a plus de sens. Si je veux que ça marche, il faut
que je fasse de la couture, que je reprise, que je remette
les fils en place. La Trame, c'est ça.
F.-S. : Vous n'êtes pas
parti d'enseignements initiatiques, et pourtant la base de
ces techniques se retrouve dans certains d'entre eux.
P. B. : On n'invente jamais rien
; la connaissance est heureusement universelle, et c'est rassurant.
Si l'on retrouve ceci ailleurs, cela prouve qu'il s'agit d'une
voie de connaissance et non d'élucubrations personnelles.
Qu'on l'habille de culture différente, oui. Les gens
vont toujours chercher des enseignements exotiques ailleurs
; ils sont allés chercher ailleurs à des moments
où ils pensaient qu'il n'y avait rien ici.
Lorsqu'on parle des chakras, par exemple, il s'agit d'une simplification
faite pour des Occidentaux : on se contente de poser sept boules.
Mais lorsque vous lisez des livres un peu plus anciens ou que
vous parlez avec des gens qui s'y connaissent, vous vous apercevez
qu'il existe en réalité
des sous-chakras, et qu'à côté de ces sous-chakras,
il y a des sous-sous-chakras, etc., qui sont tous reliés
par des lignes. On en revient à
la Trame. En conclusion, il est normal que chacun habille ces
enseignements de sa propre culture. Par contre, la séquence
de gestes proposée dans la technique est originale ;
elle n'existe nulle part ailleurs.
F.-S. : Le concept de la Trame®
semble rejoindre les dernières découvertes de
la physique quantique. Est-ce que vous confirmez cela ?
P. B. : Bien sûr, forcément.
En physique quantique, on traite de l'infiniment petit. Plus
je vais me rapprocher de l'infiniment petit, plus je vais m'éloigner
de la matière pour me rapprocher du message. En me rapprochant
le plus possible du message, je vais arriver à un certain
nombre de conclusions. La première, que l'on connaît
depuis déjà
un certain temps, est que l'énergie circule dans notre
monde de manière ondulatoire. Si par exemple vous jetez
un caillou dans l'eau, ça fait des ronds ; si vous regardez
les ronds de près, ça devient des vagues -- donc
des ondulations. Si vous secouez un tapis, il ne part pas droit,
il fait des ondulations aussi. Il n'y a donc aucune raison
que l'information circule autrement ailleurs et dans d'autres
choses. Donc, la plus petite quantité de matière
ou le premier message existant ne peut être que celui-là.
J'ai dit, avant que l'on découvre les hypercordes, que
l'énergie de base de l'univers était forcément
ondulatoire, et que, quelque part, il y avait une trame universelle
; il y avait donc des lignes quantiques qui quadrillaient l'univers,
et l'énergie circulait dessus de manière ondulatoire.
Il y a peu de temps, les physiciens ont annoncé avoir
fait une découverte : celle des hypercordes. Ces hypercordes,
ce sont des lignes sur lesquelles l'information circule de
manière ondulatoire. Le concept de la Trame rejoint
donc -- voire précède -- les dernières
découvertes de la physique. Enfin, n'oublions pas que
la Trame existe également dans l'espace, ce qui complique
encore les choses.
F.-S. : Quelle définition
donneriez-vous de la notion de "réalité"
?
P. B. : Aucune, parce que la réalité n'existe
pas ! C'est une question de point de vue. La réalité est
subjective. Je décide ce qui est réel, et ce
qui ne l'est pas ; c'est une question de conviction. Par exemple,
pendant des siècles, les gens étaient persuadés
que la Terre était plate ; et pour tout le monde, même
dans leurs concepts, dans leurs réflexions, la Terre
était plate. Et ça marchait très bien
comme ça. Et puis, un jour on a dit : « La Terre
est ronde. » En fait, on n'en sait rien… à
part ceux qui sont allés voir. Si ça se trouve,
elle est plate. Si ça se trouve, on nous a monté
un bateau pour nous faire croire qu'elle était ronde.
Je plaisante, mais...
Il n'y a pas de réalité objective pour moi, d'autant
plus que, comme on l'a vu avant, observer un phénomène
le modifie. Donc, par conséquent, elle est encore moins
objective. Elle est tellement peu objective que même
dans une société aussi carrée et aussi
rationnelle que la nôtre, on trouve des règles
et on invente des portes de sortie hallucinantes -- du type
"l'exception qui confirme la règle". Attendez
: qu'il y ait une règle, je comprends ; qu'il y ait
une exception, je comprends ; mais qu'elle confirme la règle…
C'est de la folie ! Il n'y a aucune raison qu'une exception
confirme une règle. Donc, on imagine. On dit : «
Voilà, notre réalité est comme ça
», mais de temps en temps, on prévoit des portes
un peu étranges, qui nous permettent d'aller faire autre
chose.
F.-S. : Mais "l'exception
qui confirme la règle" est un dicton populaire,
non ?
P. B. : Pas du tout ! Quand on
apprend les règles de grammaire, on nous dit : «
Voilà la règle, et voilà l'exception qui
confirme la règle ».
F.-S. : Mais ce sont des sciences
humaines !
P. B. : Alors, passons aux mathématiques
! Vous connaissez des parallèles qui se croisent dans
l'infini, vous ? C'est la définition des parallèles
: ce sont deux droites qui se croisent dans l'infini. Elles
sont parallèles, ou elles se croisent ? Il faudrait
savoir !
Et la loi des séries ? Deux avions tombent ; les gens
se disent : « Ah, ben il y en a un troisième qui
va tomber », et il tombe. Et tout le monde trouve cela
normal. Mais ça n'est pas normal du tout ! C'est de
la folie douce !
Et la masse manquante, dans l'univers ? Il y a des galaxies,
et elles ont ces têtes-là. OK, mais il y a un
problème… Pour qu'elles aient cette tête-là,
il faut certaines conditions ! Vous prenez du café,
vous le mettez sur une tasse, les gouttes partent d'une manière
radiale -- ça ne fait jamais une spirale ! Pourtant,
les galaxies sont en forme de spirales ! A quelle condition
ça marche ? S'il y a du lait. Je prends du lait, je
mets une goutte de café, je fais tourner : là,
j'ai bien une spirale. Mais il est où le lait ? Vous
me direz "la Voie Lactée"… Il n'y a
pas de lait ! il n'y a pas de matière autour ! Il y
a quelque chose, mais on ne sait pas ! Mais pour que ça
fasse une spirale, il faut obligatoirement qu'il y ait quelque
chose autour ! On n'a pas la moindre idée de ce que
ça peut-être ! Et ça ne représente
jamais "que" 90% de l'univers... que l'on ignore
!
Passons à la physique, maintenant. L'effet fantôme,
démontré par Einstein. On prend un rayon de lumière,
on met un prisme : on obtient deux rayons de lumière.
Moitié des photons d'un côté, moitié des
photons de l'autre ; ils sont jumeaux. J'en prends un, je change
son spin, je tourne : son voisin tourne aussi, quelle que soit
la distance. Comment c'est possible ? Elle part où,
l'information ? Par où elle passe ? C'est de la magie
? Personne n'en sait rien.
Et je ne parle même pas des théorèmes et
des théories où ça ne marche que si l'on
arrondit. Si on n'arrondit pas, au bout d'un certain nombre
d'itérations, c'est autre chose. C'est pour
ça que l'on en arrive maintenant aux théories
du chaos, ou des fractales, où l'on réussit
à avoir des volumes infiniment vides. Je prends un cube,
je fais un trou cubique dedans ; j'enlève donc de la
matière. Puis autour, je prends la moitié
du carré, et sur chaque face, je retire des carrés.
Puis je reprends encore la moitié, et sur chaque face,
je retire des carrés. Au bout d'un moment, ça
va être vide... infiniment vide. Et pourtant, je pars
d'un volume fini. Comment est-ce possible ? On peut donc mettre
l'infini dans quelque chose de fini. Mais ce n'est pas possible.
Et pourtant, on apprend ça tous les jours. Elle est
où, la réalité, là-dedans ? Question
de point de vue. Quand je rêve, par exemple... Quand
je fais un rêve, je suis dans un univers aussi complexe
que celui-là, qui répond aux lois de la physique
par exemple. Je prends un verre, je le lache : il tombe et
il se casse. C'est moi qui ai pensé à ça
? Des gens que je ne connais pas ; et même si je les
connais, ils me racontent des choses que je ne connais pas.
Donc, je suis dans un vrai univers. Quelquefois, je m'aperçois
que je rêve, et je peux manipuler les choses. Mais à
90%, non. Alors, elle est où la réalité
? C'est réel ou ce n'est pas réel ? Quand je
me réveille, les gens qui étaient dans ce rêve-là,
ils disparaissent ou ils continuent à vivre ? Je n'en
sais rien, moi. Et puis, ici, c'est peut-être un rêve
aussi. La preuve, quand on a fait un certain choix, on dit
qu'on est éveillé -- éveillé de
quel rêve ? Alors, elle est où la réalité
? Pour moi, elle est entièrement relative ; c'est seulement
un système de croyances, un système de références,
que l'on a inventé.
La réalité, pour moi, c'est plus on est convaincu
de quelque chose, plus c'est vrai. Et plus on est un grand
nombre à être convaincu de quelque chose, et plus
c'est vrai. La réalité prend forme avec l'individu.
Ca naît de la création, de la vibration. Et comme
la vibration n'a pas de définition, elle prendra la
forme qu'on veut lui donner.
Par exemple, on parlait de Kabbale tout à l'heure…
et bien, j'utilise un alphabet sacré. Un alphabet sacré,
ça crée. 22 lettres, 22 vibrations, qui me permettent
de faire une création, de tisser un écheveau
de réalités. Et c'est d'ailleurs pour ça
qu'on peut modifier un rêve et qu'on ne peut pas modifier
ce monde-là. Dans un rêve, on pourrait dire :
« Je suis le seul responsable de cette réalité,
donc je peux la modifier. » Alors qu'ici, ce livre, par
exemple, est un écheveau de réalités individuelles.
Donc, même si je dis que c'est un pot de fleurs, et bien à l'intérieur,
je viens de modifier quelque chose qui fait que ce livre va
dans le sens du pot de fleurs. Mais il y a tellement d'autres
gens qui disent que c'est un livre, que ça reste un
livre. Mais si on était tous persuadé que c'est
un pot de fleurs, on ne parlerait même pas d'un livre
: ça serait un pot de fleurs.
France-Spiritualités :
Pourquoi, à votre avis, les scientifiques s'intéressent-ils aussi
peu à l'Alchimie, pourtant à l'origine de bien des avancées
de la chimie ? Serait-ce parce qu'ils sont jaloux de ne pas maîtriser la
fusion à
froid, contrairement aux alchimistes ? :-)
Patrick Burensteinas :
(rires) Je ne crois pas qu'ils soient jaloux. En fait, il y
a deux types de scientifiques. C'est comme dans la vie : il
y a la connaissance et le savoir. Il y a des chercheurs qui
sont ouverts à tout : pour eux, l'important est de découvrir
quelque chose de nouveau et de comprendre les secrets de la
nature. Eux sont vraiment ouverts à
tout, et ils sont prêts à s'intéresser
à tout et à n'importe quoi -- et des fois, vraiment
à n'importe quoi ! -- juste pour voir si ce qui se passe.
Et il y en a d'autres pour qui le savoir qu'ils ont est un
pouvoir. Et par conséquent, il est dangereux de mettre
en cause ce savoir.
Prenons un exemple ; une expérience scientifique est,
par définition, une expérience reproductible
par n'importe qui dans les mêmes circonstances. Si je
m'aperçois que ceci n'est pas vrai dans le cas d'une
expérience particulière, j'ai deux attitudes
possibles : soit je continue à dire ça et je
reste borné dans mon système -- à ce moment-là,
j'ai un pouvoir et je ne peux pas m'en écarter, car
sinon tout s'écroule ; soit je dis : « Tout ce
qu'on m'a raconté avant, c'est des bêtises
» et par conséquent, je pars sur une autre voie
d'investigation.
Je dirai, en conclusion, que plus les gens sont au top de leur
technique, plus ils sont au top de tout, parce qu'ils se rendent
compte qu'ils butent sur quelque chose. On a été
pendant longtemps dans une société de spécialistes
; on avait le grand livre de l'univers, on avait le nez collé
dessus, et maintenant, on est des spécialistes de la
lettre A. Cette lettre A, on la connaît à présent
parfaitement, mais que voulait dire le livre ? On n'en sait
rien du tout. Et on se rend compte maintenant que pour comprendre
le livre, il faut se reculer un peu et regarder les choses
dans leur globalité. Et le problème que les scientifiques
ont avec l'Alchimie, c'est l'expérimentateur. On ne
peut pas dire à un scientifique qu'une expérience
n'est pas reproductible ou qu'elle n'est reproductible que
par la même personne, parce que là, ça
pose un problème au scientifique : ce n'est pas démontrable,
ce n'est pas reproductible, même s'il y a des tas de
phénomènes que l'on n'explique pas. Pour des
scientifiques, si ce n'est pas reproductible, ça n'a
aucun intérêt.
Et pourtant, lorsqu'on est dans un laboratoire, on sait très
bien que l'on fait toujours faire les mêmes expériences
aux mêmes. Et quand on demande pourquoi, on nous répond
: « Parce qu'avec lui ou elle, ça marche. »
On a toujours un spécialiste dans un laboratoire de
bio qui va faire tel truc parce qu'on sait qu'avec lui ça
marche. En métallurgie, il y en a toujours un qui va
faire la coulée parce qu'avec lui, on est sûr
que ça marche, et pas avec un autre -- alors qu'ils
ont la même formation, etc. Il a le savoir-faire, le
feeling ; il sait quand c'est prêt. Comment fait-il pour
savoir ? Comme ça, au pif ! Ah bon ? C'est de la magie,
alors ! J'oserais dire de l'Alchimie… Vous prenez deux
cuisiniers qui ont la même formation, qui disposent des
mêmes produits, des mêmes recettes. On leur demande
de préparer le même plat ; l'un va faire un truc
super, l'autre un truc quelconque -- pourquoi ? D'ailleurs,
on va dire à propos de celui qui a réussi : « Il
a réussi par une curieuse alchimie. »
On voit donc qu'à partir de quelque chose que l'on ne
comprend pas mais qui nécessite la place de l'expérimentateur,
que l'on commence à parler d'Alchimie. Je pense qu'il
y a ça. Je ne pense pas qu'il y a un phénomène
de jalousie. :-)) En Alchimie, on dit, face à ceux qui
se moquent de celle-ci : «L'orgueilleux doit en rire,
et c'est là sa punition. »
F.-S. : Vous travaillez personnellement
dans la voie de l'antimoine. Pourriez-vous définir
brièvement celle-ci et nous dire également
pourquoi vous avez porté votre choix sur elle ?
P. B. : Je ne travaille pas dans
la voie de l'antimoine, mais l'antimoine fait partie de la
voie dans laquelle je travaille. Pour moi, pour arriver à
l'Œuvre, on pourrait partir d'un boulon ou d'une charentaise.
Si l'expérimentateur est suffisamment dans chaque chose,
alors il arrivera au point commun, qui est la Pierre des Philosophes.
Parce que l'on pourrait se poser la question : Où nous
conduit l'Œuvre ? A quoi ça sert, finalement ?
Alors, il y a le métaphysique, qui dit : « Moi,
je veux rencontrer Dieu. » Il y a l'envieux, qui va dire
: « Moi, ça va me donner un pouvoir. »
Il y a aussi celui qui va dire : « Ben, moi, j'ai envie
de faire de l'or. » Mais finalement, à quoi ça
sert ? Il y a des gens qui se cassent la tête depuis
des siècles pour trouver un truc dont personne n'a la
moindre idée d'à quoi ça peut servir.
On en a une vague idée ; on a lu des textes. Lui, il
a dit que ça servait à ça. Lui, il a dit
que si on la prenait, on était bien. Lui, il a dit qu'on
n'était plus malade. Lui, il a dit : «
Moi, je peux courir dans le monde. » Mais finalement
personne n'en sait rien. Et pourquoi ? Il y a bien une raison
à cela. C'est parce que c'est une quête personnelle
et unique. Et il n'y en a qu'un seul qui en parle vraiment
bien, c'est Rabelais. Il en parle vraiment bien avec les voyages
de Pantagruel, en disant que lui, il va chercher la dive bouteille
-- le vin qui rend divin, bien sûr. Et il précise,
à un moment, que quand il va puiser à l'intérieur
de la fontaine miraculeuse, cette fontaine contiendra ce qu'il
désire le plus. Et je pense que la clef est là.
Alors, elle est même au-delà du désir.
Pour moi, la Pierre des Philosophes est la note-base de l'univers,
le point commun. Le croyant dira : « C'est Dieu. »
Et celui qui entre en résonance avec cette note-base
vibre dans chaque chose et chaque chose est en lui. Et pour
moi, c'est le but. C'est comme un arbre : notre création
étant la multiplicité de l'unité, cet
arbre a des branches et des feuilles ; donc, rien ne s'oppose
au fait que de n'importe quelle feuille je puisse aller au
tronc -- donc, que je parte de n'importe quelle matière
ou de pas de matière du tout.
Il se trouve que j'ai essayé avec de l'antimoine, pour
une raison presque métaphysique : quand on voit l'Arbre
des Sephiroth -- ça, c'est l'explication que je donne
a posteriori -- on s'aperçoit que les sept métaux
sont marqués sur les sept mondes. (En fait, à
l'origine, je suis tombé sur de l'antimoine, et comme
dans les livres d'Alchimie, on parlait de l'antimoine, j'ai
essayé avec ça. Je n'avais pas la moindre idée.)
Il y a donc dix mondes -- dont trois inaccessibles à
l'homme -- et sept métaux. Tous les symboles qui sont
les symboles planétaires sont les symboles métalliques
aussi. Les sept métaux sont placés dans les mondes
; le seul qui soit placé dans le nôtre est l'antimoine.
Le symbole de l'antimoine, c'est le symbole de la Terre. Alors,
on pourrait imaginer, comme on l'a vu tout au début,
que l'information circule à l'intérieur des cristaux.
Si je prends un cristal, il y a de l'information qui court
dedans. Si je fais fondre le cristal ou si j'ouvre les cristaux,
l'information que j'ai dedans va ailleurs ; elle disparaît.
On peut le démontrer : vous prenez un quartz, vous dites
que c'est un fruit ; si vous le pressez, vous allez avoir du
jus. Ce jus, c'est bien de l'énergie : c'est l'effet
piézo-électrique. La fréquence de cette énergie
va dépendre du nombre de faces. Plus j'ai de faces,
plus la fréquence est élevée -- on le
sait en radio. Il y a une raison à cela : plus j'ai
de faces, plus j'ai de surface, et plus j'ai de surface développée,
plus je peux mettre d'énergie. Donc, c'est logique.
Fort de ces informations, quand je prends un métal,
il a de l'énergie à l'intérieur, et quand
je le fonds, les cristaux s'ouvrent et l'énergie qui
est dedans disparaît. Un métal fondu est un métal
mort. Que devient cette énergie ? Où
va-t-elle ? Elle ne va pas disparaître, il n'y a pas
de génération spontanée. On pourrait dire
qu'il y a sept énergies, et que chaque énergie
a une fréquence différente, et c'est ce qu'on
nous a montré dans l'Arbre des Sephiroth. Si je fonds,
par exemple, de l'or, son énergie va être au niveau
du sixième monde, qui n'est pas le mien ; donc, je ne
peux pas l'utiliser. Le seul métal que je pourrai utiliser,
c'est celui de mon monde. Si je le fonds, les cristaux s'ouvrent,
l'énergie qui est à l'intérieur disparaît,
mais pour aller où ? C'est son monde. Et c'est le seul
métal que je pourrai fondre en conservant l'énergie
qui est dedans. C'est pour ça que j'utiliserai l'antimoine.
Mais ceci n'est qu'une toute petite phase. Le but est de retrouver
l'unité. Et pour trouver l'unité, on le dit partout,
c'est la conjonction de ce qui est en bas et de ce qui est
en haut. Donc, travailler en antimoine, c'est travailler avec
ce qu'il y a dans mon monde -- ça, c'est en bas. Donc,
je prends mon métal et je vais l'utiliser comme un diapason
; je vais essayer de capter d'en bas l'énergie d'en
haut pour trouver cette conjonction entre le haut et le bas.
Mais l'antimoine a déjà un message à
l'intérieur, une musique. S'il a déjà
sa musique, et que je prends une note ailleurs et que je la
mets dedans, ça va faire de la cacophonie. Je ne voudrais
pas cette note. Donc avant de pouvoir mettre cette note à
l'intérieur, il va falloir que je retire la cacophonie
de la matière. C'est la vieille parabole de la vierge,
où l'on dit : « Seul l'Esprit descend dans la
Vierge », c'est-à-dire dans la matière
vierge. Et vierge, ça veut dire quoi ? Ca veut dire
qu'il n'y a pas d'autre information. C'est pour ça que
quand on voit la Vierge, elle a un livre ouvert où
il n'y a rien d'écrit. Et là, l'antimoine servira
uniquement d'aimant, de creuset -- dans lequel on va mettre
quelque chose.
Et que va-t-on mettre dans ce creuset ? Il va falloir aller
chercher l'énergie d'en haut, et pour cela, on va prendre
le messager des dieux. Et c'est là que va entrer en
jeu le mercure liquide -- le métal -- pas le mercure
vulgaire, pas le mercure comme il est. Le mercure a des particularités
intéressantes ; vous remarquerez que c'est le seul métal
qui est liquide à température ambiante. Et liquide, ça
veut dire quoi ? Ca veut dire qu'il n'y a pas de cristaux dedans.
S'il n'y a pas de cristaux, c'est qu'il n'a pas d'énergie
propre, et s'il n'a pas d'énergie propre, il peut prendre
n'importe laquelle -- c'est pour ça que c'est le messager
des dieux. Donc, je pourrai l'utiliser comme véhicule
; c'est ce qu'on fait dans la voie des amalgames, par exemple,
pour prendre de l'énergie de l'un et aller la mettre
ailleurs.
F.-S. : L'un des avantages de
cette voie est sans doute le fait qu'elle ne nécessite
pas des feux aussi violents que d'autres voies -- comme la
voie des amalgames, par exemple, que vous venez de citer.
Est-ce que vous partagez ce point de vue ?
P. B. : Il n'y a pas de voie violente
ou pas violente. On équilibre avec la matière
ou pas. Il est sûr que si je travaille avec des poudres
métalliques -- je pense à la voie sèche,
par exemple - et que je les monte spontanément à
1200 ou 1500°, et qu'il y a des sous-produits explosifs,
évidemment, je risque de me faire sauter avec. C'est
sûr et certain. Mais ça, ça me fait un
peu rire. C'est un peu comme quand on parle de médecines
douces... Il n'y a pas de médecines douces. On tue très
bien les gens avec des plantes. C'est seulement, encore une
fois, une question de point de vue. Même en mettant des
produits dans un ballon, je peux me tuer. Il y a moins de risques
que ça m'arrive, mais c'est possible.
Le danger est dans l'ignorance, quelle que soit la voie. Je
fais quelque chose pour voir ce que ça va donner. Si
je n'en connais pas les conséquences, il se peut que
ça explose ou que je fabrique un poison. Au Moyen Age,
ou avant, on ne connaissait pas les conséquences des
métaux lourds ; je suis sûr qu'il y a plein d'alchimistes
qui étaient envahis par des démons. Quand on
ne connaissait pas encore la poudre et qu'ils utilisaient,
par exemple, un extracteur pour extraire les principes vivants
du mercure, et qu'ils fabriquaient un fulminate de mercure
-- ça sert encore d'explosif aujourd'hui -- il est sûr
que quand le labo explosait, tout le monde autour devait dire
: « Il y a des démons chez eux ! Vous ne vous
rendez pas compte ! » Et puis quand une autre fois, ils
se trompaient et qu'ils fabriquaient un cyanure de mercure
et que tous les gens autour tombaient raide morts, on disait
: « Ils ont ouvert la porte aux démons ! » De
même, l'antimoine est un poison aussi -- d'où son
nom : quand on construisait des monastères, qu'on creusait
un puits et que les moines s'empoisonnaient avec l'eau, on
en est venu à appeler ça de l'"anti-moine".
Mais le nom grec est bien plus intéressant : "stibine",
qui est la voie de la connaissance. Donc, dans toutes les voies,
le danger naît de l'ignorance.
Bien sûr, il y a des voies plus souples, comme celle
du mercure. Si quelqu'un tombe sur une voie qui est beaucoup
plus soufre, ça risque beaucoup plus d'exploser. Alors
que s'il tombe sur une voie beaucoup plus mercure, ça
risque moins d'exploser, mais ça restera beaucoup plus
subtil. Est-ce qu'il va la subir ? Est-ce qu'il va l'entendre
? Est-ce qu'il va pouvoir la réaliser, c'est-à-dire
la mettre dans le réel ? Ca n'est pas sûr. C'est
sans doute la raison pour laquelle les voies métalliques
sont beaucoup plus suivies par les hommes que par les femmes
-- parce que c'est des fourneaux, parce que ça chauffe,
parce que ça pète. Personnellement, la voie que
je suis est une voie mixte : pour purifier l'antimoine -- enlever
le message qui se trouve à l'intérieur -- je
vais utiliser une voie humide, c'est-à-dire que je vais
décomposer la matière, tranquillement, lentement, à une
température de couveuse, normale. Entre parenthèses,
on peut faire des sous-produits explosifs quand même
! Et c'est bien pour ça qu'on utilisait un feu de roue
ou un feu chimique, parce que comme ça, on était
sûr de pas avoir de flammes. Parce que s'il y avait des
flammes, ça vous sautait à la figure. Et puis,
par contre, pour faire descendre l'esprit à l'intérieur
de la matière, je vais utiliser une voie un peu plus
chaude, un peu plus tonique. Mais c'est une voie personnelle.
Donc, pour moi, il n'y a pas de voie plus ou moins difficile,
plus ou moins dangereuse, mais il y a des voies où l'on
est plus ou moins en équilibre, plus ou moins à l'aise.
F.-S. : Quelle importance accordez-vous
à la partie oratoire par rapport au travail en laboratoire
?
P. B. : Elle est essentielle,
sinon on ne travaillerait pas dans un laboratoire. On travaillerait
dans un "labor". Donc, si on travaille sur les deux,
ça rejoint ce que l'on disait tout au début.
L'expérimentateur a une place dans l'expérience.
Soit cet expérimentateur se considère lui-même
intercesseur entre les hommes et les dieux, et dans ce cas
tout va bien, il n'a pas besoin d'aller chercher à
l'extérieur. Soit, il n'a pas, pourrait-on dire, assez
confiance en lui, et à ce moment-là, il va avoir
besoin d'intercesseurs. Il va imaginer. Est-ce qu'ils existent
ou pas? Comme de toute façon, nous avons parlé
de la réalité, nous n'en savons rien. Si je suis
suffisamment convaincu de quelque chose, ça va
être vrai. Par conséquent, nous pourrions imaginer
qu'il utilise un rituel.
Mais, est-ce que travailler au fourneau n'est pas déjà
un rituel ? Est-ce que le fait d'être dans son laboratoire
n'est pas déjà un rituel ? Quand je vais chercher
de la rosée, qu'est-ce qui est le plus important ? La
rosée ou le fait que je me lève tous les jours à quatre
heures du matin, que j'accepte de le faire et que je me mette
en harmonie avec la nature ? Si je le fais alors que c'est
une corvée, cela ne marchera jamais ! Mais si je veux
le faire parce que je suis bien, c'est un pas de plus vers
l'Unité.
J'ai de plus en plus l'impression que tous les rituels qu'il
y a autour -- « Il faut prendre ça à tel
moment, il faut faire ça à telle saison »
-- ne sont que des choses qui nous conduisent sur le chemin
de l'Unité mais qui n'ont en soi aucun intérêt
ou très peu d'intérêt. De fait, la partie
oratoire est indissociable de la matière puisqu'on est
parti du Verbe tout à l'heure et que la matière
n'est que la manifestation de ce Verbe. Au bout de la matière,
au cœur de celle-ci, je retrouverai la vibration, je retrouverai
le Verbe. Qu'est-ce que l'oratoire si ce n'est pas cela ? C'est
bien créer à partir du Verbe, c'est bien la vibration
initiale. Mais, je pense que l'Alchimie est une voie de liberté absolue
et, en tant que telle, elle doit s'affranchir de tout dogme,
de toute culture, de toute religion. Par conséquent,
aucun alchimiste ne devrait dire : « Cette voie est la
seule », «
Ca, c'est bien, ça, c'est pas bien ». On ne peut
pas avoir une position aussi tranchée que ça.
Je crois que le fait de le dire prouve qu'on n'a pas trouvé.
F.-S. : Quel est l'intérêt
profond de la transmutation des métaux ?
P. B. : Aucun ! Il n'y a pas d'intérêt
profond. Il y a un intérêt superficiel, celui-ci étant
de prouver que la pierre fonctionne. C'est tout. Cela ne peut
servir qu'à ça. En plus, on va transmuter en
quoi ? En or ? L'or ne sert à
rien. C'est un métal mou, on ne peut rien en faire.
C'est joli, d'accord. C'est soi-disant indestructible -- ce
qui est faux, parce que si je fabrique de l'eau régale,
je peux décomposer l'or. Et puis, s'il y a des paillettes
dans la rivière, elles viennent bien de quelque part.
C'est l'or qui est, à mon avis, capable de se composer
avec autre chose. C'est un excellent conducteur. En dehors
de ces applications...
Nous en avons fait une valeur ; ça c'est différent.
A ce moment là, le seul intérêt est antinomique
avec la quête de l'Alchimie puisque, selon le but du
jeu, quand vous trouvez l'Unité, que vous vous en rapprochez,
vous êtes dans chaque chose et chaque chose est en vous.
Qu'est-ce que vous voulez de plus ? Le pouvoir ? Pour quoi
faire ? Vous êtes dans chaque chose et chaque chose est
en vous. La richesse ? Pourquoi ? Vous êtes tout. Donc, ça
n'a aucun intérêt. Par contre, cela sert à montrer
que la transmutation fonctionne, que la pierre que j'ai faite
est bien la note-base de l'univers et qu'elle contient potentiellement
tous les messages. Si je prends cette pierre et que je mets
dedans un petit peu d'or, le nouveau message sera alors le
message absolu de l'or. Et si je mélange avec du plomb
ou autre chose -- ce peut être n'importe lequel des sept
métaux --
ça deviendra de l'or. Je prouverais bien que ma pierre
a le pouvoir d'imposer n'importe quel message. C'est le seul
but et c'est le seul intérêt.
France-Spiritualités :
Sur quoi portent vos stages ?
Patrick Burensteinas :
Sur plein de choses. C'est très vaste. L'idée
était de dire : « L'Alchimie est quelque chose
de très intéressant. C'est quelque chose que
j'ai envie de faire partager. » Mais il y a une parabole
qui dit: « On peut parler de tout, mais pas avec tout
le monde. » Il y a nécessairement une progression
; on ne met pas un fusil chargé dans les mains d'un
enfant de deux ans. Par contre, on pourra progressivement,
quand il sera grand, lui dire : « Attention! Un fusil,
c'est dangereux ! » Il peut y avoir un apprentissage
progressif qui va faire que l'on va éveiller, on va
intéresser. On va dire à chacun un certain nombre
de choses. Les premières sont : « Vous êtes
libres », « C'est vous qui décidez »,
« Personne d'autre que vous ne sait ce qui est bon pour
vous ». Bien sûr, vous allez vous retrouver confrontés
à un certain nombre de choses. La liberté, c'est
aussi l'embarras du choix, et personne d'autre que vous ne
prendra les décisions à votre place. Il va falloir
faire ce qui vous semble juste -- ni bien, ni mal, ni morale.
Ce qui vous semble juste ! Quand on est engagé dans
une quête alchimique, il n'y a qu'une seule règle
: « Ce qui rassemble, c'est bien, et ce qui fractionne,
ce n'est pas bien. » On recherche l'Unité.
A partir de ce postulat, le seul intérêt qu'il
y a pour vous au début, c'est d'être bien -- bien
dans votre peau, bien dans le monde -- d'être heureux.
Comment peut-on y arriver ? On part du postulat de l'Alchimie
sans dire aux gens : « Vous allez devenir un grand Mamamouchi-chef.
Vous allez tout de suite trouver la pierre des Philosophes
et vous allez être un Adepte extraordinaire. Tout le
monde va vous aduler », mais en disant : « Il y
a un certain nombre d'outils qui sont à votre portée
et qui vous permettront d'aller aussi loin que vous voudrez
aller. » La première est chose est de dire --
et là nous revenons à notre notion de réalité
-- que l'univers est une question de point de vue : «
Vous, vous avez un point de vue spécifique sur cet univers.
Si vous voulez toucher à une réalité
non ordinaire, il va falloir utiliser des outils non ordinaires.
Parce que si vous utilisez des outils de tous les jours, des
outils ordinaires, vous ne pourrez appréhender qu'une
réalité ordinaire. » Donc, il va falloir
apprendre à utiliser ces outils. Les plus simples sont
ceux que nous possédons : les sens.
J'ai des sens, je sais faire des choses. Je sais regarder,
par exemple. Mais si je sais regarder, ce n'est pas pour autant
que je sais voir. Je sais écouter, mais ce n'est pas
pour ça que je sais entendre. A partir de là,
ne serait-ce qu'à partir des sens communs que j'ai,
peut-être que je peux appréhender mon univers
autrement. Je peux avoir une vision plus vaste. Je peux voir
différemment, et par là même, comprendre
un certain nombre de choses. C'est le syndrome de la mouche
qui se tape sur un carreau. La fenêtre à côté
est ouverte, mais la mouche tape toujours sur le même
carreau parce qu'elle ne voit que ça. Elle ne voit même
pas que la fenêtre est ouverte. Il lui suffirait de changer
de point de vue, de voir qu'il y a une fenêtre et qu'elle
est ouverte, pour qu'elle puisse sortir. Je n'ai rien changé,
j'ai les mêmes outils, je n'ai pas fait de magie. J'ai
seulement regardé de l'autre côté
parce que j'ai eu l'idée de dire : « On peut regarder
de l'autre côté ! » Alors ça, c'est
la première chose que je propose : L'éveil des
sens. C'est dire : « Vous pourrez utiliser vos sens autrement. » Le
plus commun est avec la musique. Vous entendez une musique,
puis vous analysez tout. Je peux avoir une satisfaction intellectuelle
comme ça. On voit des gens qui suivent les opéras
avec la partition en disant : « Tiens, lui il a fait
une faute. Tiens, lui il a continué. » Il est
content, à la fin, de se dire qu'il a parfaitement suivi.
C'est formidable, mais purement intellectuel. Mais une autre
possibilité est de dire : « Je ne connais rien à la
musique, sauf que quand je l'entend, j'ai la chair de poule,
je ne sais plus où je suis. » Là, j'ai
appréhendé
l'univers autrement, j'ai perçu quelque chose de différent
qui m'a rendu heureux. C'est cela que j'essaie de faire dans
L'éveil des sens.
C'est le B A BA ; et à travers ça, il y a aussi
la philosophie de l'Alchimie. Qu'est-ce que l'Alchimie ? A
quoi ça sert ? Comment ça marche ? Quel en est
le but ? Démystifier ce qu'est l'Alchimie, parce qu'on
parle beaucoup d'alchimistes qui ont réalisé
des tas de machins. En fait, il y a beaucoup de mythes aussi,
beaucoup d'histoires autour. On le fait, mais en regardant
tout de même le côté merveilleux. C'est
très romantique, l'Alchimie, quand même. Il y
a beaucoup de gens qui ne s'intéressent qu'aux traits
romantiques et qui se disent : «Super, on va faire de
l'Alchimie ! », qui se voient entrant avec une grande
barbe et des petits lutins qui sautent partout, en train de
faire couler de l'or dans des creusets. Mais là, on
est vraiment confronté à une réalité
non ordinaire, c'est à dire à une réalité
aussi tangible que celle-là, et ça, ça
ne s'improvise pas. Quand vous voyez tous les gens qui ont
fait des tas de trucs, et il y en a quand on regarde, et que
vous les confrontez une fois à une réalité
non ordinaire... Je ne parle pas d'une illusion, pas comme
une personne qui entre en disant : « Ah, ici il y a deux
cent cinquante entités ! Ici je sens. Tu sens pas toi
? » On ne sent rien, mais même si on sent c'est
pour faire plaisir. On entre dans une espèce de fantasme
collectif. Non, là ce n'est pas ça. Là,
il y a le mur qui s'ouvre et il y a un truc qui sort. Que font
alors ces gens ? Ils partent en courant, et vite, loin dans
la direction diamétralement opposée!
Donc, entre la vision romantique, qui consiste à dire
: « Oh, qu'est-ce que j'aimerais bien voir des choses
extraordinaires ! » et le fait de les voir vraiment,
il y a une toute petite marche, et cette petite marche, elle
ne se franchit pas comme ça. Car notre esprit est fait
pour être dans le monde des hommes et quand je déborde
un peu sur autre chose sans y être préparé,
je pète les plombs ! C'est clair : d'une manière
ou d'une autre, je fais une syncope, ou je pars en courant,
ou je dis que ce n'est pas possible... Cela ne s'improvise
pas, donc il faut qu'il y ait une progression.
L'éveil des sens constitue donc la base du cursus. A
l'intérieur, je parle de la langue des oiseaux. C'est
une des méthodes que les alchimistes possèdent
pour se transmettre des secrets de fabrication. C'est un jeu
; ce n'est bien sûr pas de la sémantique. Mais,
ça permet à chacun d'entendre cette musique,
donc de changer de point de vue, de commencer à faire
travailler son esprit autrement et de dire : « Tiens,
il y peut être des choses cachées, des choses
que jeux comprendre ! » En plus, c'est très jouissif
parce que les gens se rendent compte que dans les mots de la
vie de tous les jours, ils passent à côté
de choses tellement évidentes que lorsqu'ils tombent
dessus, ils sont contents comme tout ! Ca leur fait plaisir
; ils disent : « Mais oui, bien sûr, je suis capable
de comprendre les secrets de la nature ! » Alors, je
parle de la langue des oiseaux -- ce qui débouche sur
autre chose, par exemple sur La visite des mondes.
On parlait de l'oratoire tout à l'heure ou du côté
métaphysique de l'Alchimie. Et bien l'alchimiste --
en tous les cas d'après la Tradition que je connais
-- voit l'univers fait d'une certaine manière. Il considère
que la création ne s'est pas faite comme ça :
d'abord l'énergie, puis ce que l'on connaît maintenant.
Et bien non, il y a eu des marches. Entre ces mondes et le
nôtre, l'énergie et la matière, il y a
une descente chronologique. Si ces mondes existent vraiment
et ne sont pas une simple vue de l'esprit, alors on peut y
aller. Il y a des clefs pour y aller et on apprend ces clefs.
Vous allez me dire : « A quoi ça sert ? Est-ce
qu'on fait du tourisme ? C'est 'Sephiroth Airline' ? » Bien
sûr que non ! Chaque monde va nous mettre en résonance,
au diapason, avec une partie de l'univers, et quand nous aurons
ces sept résonances, nous serons plus proches de l'Unité.
Ce sont ces clefs qui vont nous servir. Le but, encore une
fois, c'est cette perception de l'Unité. Et il y a autre
chose, il y a La Trame.
S'il existe une technique thérapeutique, elle n'est
pas réservée au grands initiés, mais elle
est forcément à la portée de tout le monde
-- en tout cas dans un premier temps. La technique est à la
portée de tout le monde, mais c'est de l'Alchimie ;
et en tant que tel, c'est un Art. On début, on apprendra
la technique, mais ensuite on apprendra l'Art, ou en tous cas
on pourra être tenté de conduire les gens le plus
proche possible de l'Art. Chacun transformera le savoir en
Connaissance ou pas. Ca, c'est la voie thérapeutique.
Je ne l'ai longtemps réservée qu'à des
thérapeutes, médecins et autres, mais je l'ouvre
à présent un peu à tout le monde -- tout
au moins le début. Mais, je tiens à préciser
que cette voie est indissociable de la voie initiatique. C'est
à dire que guérir les gens n'est qu'une conséquence
-- heureuse, certes -- mais en aucun cas le but. Le but, c'est
qu'ils se posent la question de savoir comment ils ont été
guéris et que cela leur ouvre l'esprit, que leur point
de vue change et que cela leur permette d'atteindre l'Unité.
Guérir quelqu'un en Alchimie, c'est comme l'or pour
la Pierre des Philosophes. C'est une conséquence heureuse
qui montre que cette voie conduit quelque part.
Je propose également un séminaire intitulé
Les lettres de la Kabbale. Ce qui m'intéresse, là,
ce n'est pas la guématrie ou la connaissance des textes,
car il y a des gens qui font ça bien mieux que moi.
Mais chaque lettre a une vibration, une résonance particulière.
Si l'on est capable de posséder chaque lettre, c'est-à-dire
de la comprendre au sens littéral du terme -- la comprendre,
comme compris dans un ensemble -- de la mettre à l'intérieur
de soi, de la chanter par exemple, il se passe quelque chose.
Chaque lettre, encore une fois, va nous conduire un plus près
de l'Unité, ce qui est le but final.
Il y a aussi L'oratoire. C'est un stage qui ne s'adresse qu'à
des gens qui ont déjà fait quelque chose. Comme
son nom l'indique, son objectif est la connaissance de l'oratoire.
C'est-à-dire que si l'alchimiste considère que
l'on vit naturellement dans ce monde, celui de la matière,
le fait que cette matière soit cohérente avec
nous est un "drôle de hasard". Si, par exemple,
je vibrais d'une manière légèrement plus
dense -- c'est-à-dire moins vite -- ce monde serait
de la fumée pour moi. Si je vibrais légèrement
plus vite, c'est moi qui serais de la fumée pour ce
monde. Donc, le fait qu'il soit solide n'est qu'une question
de réglage. La preuve, c'est qu'il y a plein de musique
ici et qu'on ne l'entend pas ; mais si je prends un poste de
radio et que je le règle sur la bonne fréquence,
la musique que je n'entends pas en ce moment pourrait me rendre
sourd. Donc, est-ce qu'elle existe ou pas ? Cela dépend
du récepteur. Peut être que sous certaines conditions,
nous sommes capables de changer le récepteur, de nous
étalonner autrement et de nous rendre compte qu'il y
a peut-être autre chose qui vit naturellement à
des fréquences légèrement différentes.
A ce moment là, on peut peut-être échanger,
faire un certain nombre de choses. Ca, c'est L'oratoire.
Il y a de temps en temps des stages opératifs -- dans
le domaine végétal en particulier -- quand j'ai
le temps de les organiser, surtout pour des pharmaciens. On
y voit le matériel de base, comment extraire les principes
vivants des plantes, comment faire des pierres végétales,
des teintures, etc. Mais je parle généralement
un petit peu de tout ceci dans L'éveil des sens. C'est-à-dire
que je ne traite pas que de l'éveil des sens ; j'insère
également de petites opérations pratiques qui
permettent de fabriquer de petites choses, mais tout de suite.
Les stagiaires peuvent ainsi voir qu'il se passe bel et bien
quelque chose. C'est encourageant, parce qu'on se dit : «
Il nous raconte plein de trucs, mais moi j'aimerais bien faire
quelque chose et voir. » On fait des choses, et avec
des moyens vraiment les plus simples possibles, à la
portée de tout le monde. Et là, il se passe déjà quelque
chose.
Et bien sûr, il y a la voie métallique. Mais je
ne l'enseigne pas ; je la donne, ou pas. Ca n'est pas un stage.
Il n'y a pas, dans ce cas, de relation commerciale. Ca peut
se dégager à l'intérieur d'un stage. Il
y a des gens qui suivent quelque chose, et puis je sens qu'ils
ont envie d'aller plus loin. S'ils sont motivés, et
s'ils ont vraiment envie de le faire, petit à petit...
Mais là, c'est d'homme à homme, ou d'homme à
femme.
F.-S. : Est-ce qu'il y a un ordre
dans le déroulement des stages ? Est-ce que, par exemple,
il faut passer par L'éveil des sens ?
P. B. : Pour faire les autres
stages oui ; il est mieux de passer par L'éveil des
sens. On va en effet parler d'Alchimie, et bien souvent les
gens n'en connaissent rien du tout. Or, il faut que l'on dispose
d'un langage commun. Il faut donc que l'on parle un minimum
des symboles, de la transmission, des couleurs de l'Œuvre,
etc., dans la mesure où l'on retrouve ces choses partout
et tout le temps dans les stages.
En ce qui concerne la voie thérapeutique, les choses
sont un peu différentes puisque les stages peuvent s'adresser à des
thérapeutes qui disent : «
Moi, votre truc je n'en ai rien à faire -- que ce soit
de l'Alchimie ou n'importe quoi d'autre. Moi, ce qui m'intéresse,
c'est d'avoir une méthode pour guérir les gens.
» J'accepte malgré tout, s'ils sont déjà
thérapeutes. Ce qui ne m'empêche pas de leur parler
de la voie initiatique en leur disant que c'est indissociable.
Il ne s'agit pas d'une technique. Mon but n'est pas qu'il y
ait dix millions de personnes qui fassent de la Trame ou qu'il
y ait dix millions de personnes qui fassent de l'Alchimie.
Je dirais à la limite que si personne n'est intéressé,
cela m'indiffère prodigieusement.
Je le fais parce que j'ai eu la chance de tomber dedans, d'avoir
un certain nombre de choses ; et pour moi, la Tradition, la
transmission, est comme une rivière. Pour que ça
existe, il faut deux conditions : un, que ça soit relié
à la Source ; et deux, que ça coule. Si l'une
des deux conditions n'est pas réalisée, ça
ne marche pas. Si ça n'est plus relié à
la source, ça s'assèche. Si ça ne coule
pas, ça croupit. L'intérêt de la Voie,
pour moi, c'est lorsque quelqu'un l'a reçue et qu'il
se trouve dans cet esprit-là. Je ne veux pas dire que
tout le monde va devenir alchimiste. Mais il importe qu'il
soit dans cet esprit de rassemblement. Le but est qu'il dépasse
le maître. Comment peut-il dépasser le maître
? En inventant quelque chose de nouveau auquel personne n'a
pensé et en le faisant partager à tout le monde.
Ceci constitue pour moi le but, dans quel domaine que ce soit.
Que ce soit un peintre, un musicien, un dentiste, etc., il
va utiliser cette philosophie pour en faire quelque chose et
il va la faire partager au plus grand nombre. C'est pour
ça et c'est dans cet esprit là que je transmets
quelque chose.
Mais je ne fais que proposer. Dieu merci, je n'ai pas besoin
de ça pour vivre, ce qui me donne une liberté
ab-so-lue ! Si quelqu'un me dit que ça ne l'intéresse
pas, je pars, je vais ailleurs. Ca ne me dérange absolument
pas. Mais il y a une véritable envie de transmission.
Quand on voit les yeux des gens s'allumer parce qu'ils ont
percuté sur quelque chose, ça vaut tout l'or
du monde. Je ne sais pas si vous avez vu les photos où
l'on voit les enfants qui font la Trame -- des enfants trisomiques,
qui sont handicapés et qui font cette séquence.
Je me dis que si j'ai une seule raison de faire ça,
elle est là. Le reste, c'est du bonus. Disons que dans
mon cœur, si je suis tout seul dans mon laboratoire en
train de faire mes trucs, ça me suffit largement.
F.-S. : Selon vous, tout le monde
peut-il pratiquer l'Alchimie ? Et quelles qualités
doit posséder en priorité l'apprenti alchimiste
?
P. B. : Oui, bien sûr, tout
le monde peut pratiquer l'Alchimie. Maintenant, la question
n'est pas de savoir qui peut pratiquer l'Alchimie, mais pourquoi.
L'Alchimie, pour moi, est un outil, un outil comme un autre
-- bon pour moi parce que ça m'a plus, mais peut-être
nul pour quelqu'un d'autre. Mais la seule question que l'on
pourrait se poser est pourquoi : « Qu'est-ce que je cherche
? Quelle est la quête que je veux entreprendre ? » Après,
on pourra se poser la question de savoir quelles méthodes
on va utiliser. Mais avant tout, la question doit être
: « Qu'est-ce que je cherche ? » La qualité essentielle,
oserais-je dire, est de le savoir.
On est ici dans un monde où l'on a toujours ce que l'on
veut. Paradoxalement, cela paraît affreux de dire
ça. Mais quand on pose la question à des gens
qui vivent des vies difficiles, on dit : « Mais, qu'est-ce
que vous voulez vraiment ? » A 90%, ils vont dire :
« Je n'en sais rien ! » On pourrait leur répondre
: « Mais c'est exactement ce que vous avez ! Vous ne
savez pas ce que vous voulez, et c'est ce que vous avez. Donc,
ne vous plaignez pas ! » Et lorsqu'on va prendre la voie
de l'Alchimie on n'a pas, à 90% -- pour ne pas dire
plus -- la moindre idée d'où l'on va, de ce que
l'on va faire ou d'à quoi ça sert. On s'imagine
que c'est un truc mystérieux. On a été
contacté par quelqu'un, ou on a entendu quelqu'un nous
parler d'Alchimie, et on se dit : « Ca y est, je vais
entrer dans le secret des dieux, et tout de suite, et je vais
avoir des révélations extraordinaires qui vont
changer ma vie et qui vont faire que je vais devenir différent.
Je vais longer les murs en regardant les gens comme ça.
» C'est le côté très romantique de
la chose, et c'est ça qui nous intéresse vraiment
au début. Mais lorsqu'on sait le travail que cela peut
demander au début, quand on a commencé
à faire deux ou trois expériences, ça
n'est pas du tout romantique ! C'est fastidieux, c'est ennuyeux,
c'est désagréable, c'est tout ce que vous voulez.
Et puis, il n'y a aucun résultat. On va fondre cinquante
mille fois le même truc pour avoir un bout de scorie
puant et puis on va dire : « Ca ne marche pas. Ah oui,
tiens… C'est pas du tout comme ça qu'il fallait
faire. » Et ainsi de suite. Et au fil du temps, il va
se passer quelque chose. Les scories, on va les retirer non
seulement de la matière, mais aussi de nous-mêmes.
Et petit à petit, ça va être de plus en
plus simple. Petit à petit, il va se passer quelque
chose. Mais, avant de prendre la voie, et même pendant
un certain temps par la suite, on n'a pas la moindre idée
de ce que c'est et d'où ça mène. A la
limite, je dirais qu'au début, c'est un succès
d'estime. C'est quelqu'un que l'on connaît, et dont on
dit : « Celui-là, il a l'air super. Tu as vu,
c'est un grand magicien, il fait plein de trucs. Donc s'il
m'apprend ça, ça va être génial
pour moi. » Mais, c'est la seule clef que l'on peut avoir,
la seule clef. Donc, la qualité essentielle, pour moi,
c'est la patience. J'insiste vraiment sur la liberté
absolue : pas de maître, pas de gourou, pas de dogme,
pas de vérité absolue. Il faut savoir que les
voies initiatiques sont des voies solitaires. Le chemin, on
le fait forcément tout seul. Par conséquent,
personne ne peut vous dire dans cette voie : « Ca, c'est
bien, ça c'est pas bien. » On peut seulement dire
: « Voilà, moi j'ai fait ça, et il s'est
passé ça. Essaie. » C'est tout. Mais, j'insiste
sur la liberté ; pas de gourou surtout !
France-Spiritualités :
Est-ce que lorsqu'on est un alchimiste opératif, certaines autorités
s'intéressent à vous ?
Patrick Burensteinas :
Je n'en sais rien. Sans doute ! Je pense que plus on a l'air
bizarre, plus on doit passer pour un fou furieux et on dit
que ce n'est pas grave. Quand on travaille sur des choses sensibles,
il y a une règle minimale qui dit : «
Si un seul homme possède l'information, il est facile
de faire disparaître l'information. S'il y en a plein
qui possèdent la même, c'est plus difficile.
» Et l'on n'a plus d'intérêt à faire
disparaître le seul homme. C'est une philosophie que
l'on pourrait résumer de la manière suivante
: « Ce que je sais est partout, il n'y a rien de plus.
Je peux vous expliquer comment on fait. »
Jusqu'à preuve du contraire, je n'ai pas eu ce type
de problème. Je n'ai eu personne sur le dos. Je n'ai
pas l'esprit paranoïaque, et de toute manière,
la peur n'évite pas le danger. Je pourrais ne plus sortir
dans la rue par peur de me faire écraser. Donc, je n'en
sais rien et ça m'indiffère un peu, parce que
je ne vois pas très bien pour quelles raisons une autorité déciderait
de s'intéresser
à moi. Ca pourrait être l'or, ça pourrait
être le pouvoir. Mais les autorités ont tellement
d'autres moyens de les avoir autrement que cela ne présente
aucun intérêt. Le seul risque serait si je tenais
un discours par exemple sectaire, en disant : « Voilà,
pour suivre l'Alchimie il faut être contre l'Etat, il
faut être contre la loi. Ni Dieu, ni maître. »
Ce n'est pas du tout le cas ! Ou encore introduire un contre-pouvoir.
A ce moment là, oui, on pourrait imaginer certaines
choses... Mais je ne pense pas intéresser plus que
ça les autorités.
F.-S. : Vous semblez accorder
une grande importance aux contes ainsi qu'à la langue
des oiseaux, que vous maniez d'ailleurs avec beaucoup d'aisance.
Avoir des connaissances dans ces domaines est-il indispensable,
à votre avis, lorsque l'on veut avancer dans la recherche
alchimique ?
P. B. : Pour faire de l'Alchimie,
au contraire, le mieux est de ne rien connaître du tout.
Moins on connaît de choses, moins on sait, et moins on
a de carcans, de préjugés, d'habitudes à
faire disparaître, et plus on est apte à changer
de point de vue. Et comme c'est là le but, c'est évidemment
plus intéressant.
Maintenant, il faut penser que d'autres sont passés
par là avant et il peut être très agréable,
par conséquent, de retrouver des clins d'œil, de
se dire : « Tiens, quelqu'un avant moi a écrit
un texte, qui a fait quelque chose, et il l'a écrit
en sachant que quelqu'un d'autre allait le lire, dans cette
vision altruiste. Il ne savait pas quand, il ne savait même
pas s'il serait vivant, et pourtant il l'a fait quand même,
parce qu'il avait envie de transmettre quelque chose.»
Ce type de fraternité, qui dépasse le temps et
l'espace, va lui aussi dans le sens du rassemblement.
En conclusion : non, ça ne sert à rien pour faire
de l'Alchimie, mais oui, ça sert beaucoup pour avancer
soi-même. Parce que l'on va chercher à
l'intérieur la qualité de l'autre, de celui qui
a écrit -- par exemple un conte -- écouter avec
quelle maestria il a su composer des tableaux à
plusieurs entrées qui ne peuvent être compréhensibles
que par certaines personnes.
Et puis, la langue des oiseaux, ça ne sert à
rien, sauf qu'il est très jouissif d'être capable
de trouver à l'intérieur d'un texte quelque chose
que l'auteur a volontairement mis. Je pense à
Rabelais, par exemple, qui commence son premier livre en disant
: « Seul celui qui connaît la langue des oiseaux
pourra comprendre mes textes. » Cela a été
fait exprès. Je pense donc qu'il vaut la peine de connaître
la langue des oiseaux, en tous les cas pour son plaisir personnel
et dans tous les cas pour avancer, même si ce n'est pas
une nécessité.
F.-S. : Il vaut quand même
mieux avoir quelques notions de chimie...
P. B. : Pas du tout ! C'est simple,
on dit qu'un enfant peut le faire. Pensez-vous que quand un
type faisait le Grand Œuvre au Moyen Age, il avait une
notion quelconque de la chimie ? Pas du tout ! Vous croyez
qu'il avait des balances atomiques, que l'on était capable
de mesurer un PH, que l'on avait ne serait-ce que du verre
lisse pour ne pas que ça pète ou que
ça cristallise dessus ? Que l'on avait des verres qui
allaient au feu, que l'on était capable de mesurer la
température exacte ? Aujourd'hui, nous avons à
notre disposition des matériaux incroyables. Mais comment
faisaient-ils à l'époque ? Est-ce qu'ils avaient
des connaissances en chimie ?
Pour nous, c'est facile. Nous sommes ici dans une société
où l'on est gâté. Si j'ai besoin d'un produit
-- d'un carbonate de potasse, par exemple -- j'appelle le fabricant
et je l'achète. A l'époque, il fallait brûler
trois stères de bois. Alors encore une fois, est-ce
que ça veut dire que pour faire l'Œuvre il faut
revenir à ces méthodes empiriques ? Non.
Je dirais que celui qui s'accroche à la forme a perdu
le fond. Mais, si on connaît le fond, n'importe quel
chemin est possible. Je pense que si ces alchimistes du moyen
âge avaient eu l'électricité et le gaz,
ils l'auraient utilisé. Donc, ce n'est jamais qu'une
adaptation au milieu et par conséquent, aucune connaissance
particulière n'est nécessaire. Parce que les
réactions qu'on doit avoir ne sont pas des réactions
logiques, puisque l'expérimentateur a une place dans
l'expérience. C'est plutôt dans son cœur
et dans son esprit que ça va se passer.
F.-S. : Pouvez-vous nous indiquer
deux ou trois ouvrages qui, à votre avis, devraient
être absolument étudiés par les apprentis
alchimistes ?
P. B. : Non. Non, parce que je
reste convaincu que l'Alchimie est une tradition orale et que
par conséquent, il est bien plus intéressant
d'échanger avec quelqu'un qui a un peu travaillé.
Pour moi, il y a deux catégories de bouquins : des penses-bêtes
pour ceux qui savent -- qui sont intéressant pour eux,
mais incompréhensibles pour les autres -- et il y a
un fatras de n'importe quoi collationné par ceux qui
ne savent pas. Il y a sans doute quelques livres qui donnent
des clefs intéressantes.
F.-S. : Fulcanelli ?
P. B. : Non, parce que Fulcanelli
me titille un peu. Je pense que c'est un collectif et non un
individu ; et puis il y a des choses qui me gênent...
par exemple dans ses interprétations des Demeures philosophales
: il fait des interprétations linéaires de choses
qui ne sont pas de la même époque. Et ça,
ça me titille un peu. Mais cela n'engage que moi.
Je reste convaincu qu'en Alchimie, comme dans toutes les voies
initiatiques, on doit faire son expérience soi-même.
Lire des livres, c'est formidable, mais on ne fait là
que partager l'expérience de quelqu'un d'autre. Ca n'est
pas la vôtre. Vous n'êtes pas sans savoir, si vous
avez lu des bouquins d'Alchimie, que beaucoup sont incompréhensibles.
Et pourquoi sont-ils incompréhensibles ? Déjà,
les auteurs utilisent le même terme pour désigner
des choses différentes --
ça dépend du contexte, mais aussi de l'air du
temps. On peut dire que les gens -- ceux qui avaient vraiment
quelque chose à dire -- écrivaient comme ils
parlaient. S'il n'y avait personne pour lui dire : «
Attends, qu'est-ce que tu as voulu dire là ? »,
c'était fini. Je pense, par exemple, au terme "mercure"
et à d'autres qui veulent dire cinquante mille choses
différentes. C'est d'autant plus difficile, si en plus
on n'en possède pas les clefs, si on n'a pas le contexte
de l'époque, si on n'a pas la langue de l'époque.
Il y a encore d'autres catégories de livres. Il y a
les livres anciens qui, pour moi, sont les seuls intéressants.
Parce que quand quelqu'un risquait le bûcher en disant
quelque chose, ce n'était pas pour faire du fric. Il
avait une vraie raison de le dire. Maintenant, c'est à
la mode. On parle d'Alchimie, d'extraterrestres, de ce que
vous voulez, quand on veut faire vendre un bouquin, qu'on veut
faire vendre quelque chose. Pour moi, la motivation est différente.
En dehors de ça, il y a quelques cherchants aujourd'hui
qui ont écrit des bouquins ; j'en ai feuilleté certains,
où sont donnés des modes opératifs judicieux
et intéressants.
Personnellement, les seuls bouquins que j'ai sont les Lémery,
car se sont des livres de chimie et ces livres de chimie décrivent
des opérations qui sont intéressantes. Les Naquet,
médecin de Louis XIV. La pharmacie de Lémery.
Ce sont des bouquins d'époque, intéressants.
Il est très agréable d'avoir des bouquins qui
ont couru les laboratoires. Ce n'est pas vraiment pour ce qu'il
y a dedans, mais c'est le fait de ressentir, de toucher. Il
y a quelqu'un d'autre qui s'est penché là-dessus,
qui a mis des annotations, qui a vraiment travaillé.
Ca, ça a plus d'enseignement pour moi que les opérations.
Ca veut dire que si j'ai eu un peu de vague à l'âme
-- tout alchimiste connaît cela -- je peux me dire :
« Ca ne marche pas, c'est des conneries ces trucs-là
», fermer la porte du labo et jeter la clef en disant
: « Je ne reviendrai jamais », deux jours après,
on vient rôder en disant : «Ce sera peut-être
le bon jour, la bonne fois. » Et bien, quand on voit
un bouquin comme ça, ces annotations en pattes de mouches,
on se dit qu'il y a des gens qui ont vraiment donné
leur vie pour ça. Il y a de véritables cherchants.
Pour moi, c'est bien plus fort d'enseignements qu'essayer de
décrypter à l'intérieur d'un texte quelque
chose qui n'a peut-être aucun sens. C'est ma position.
Il y en a d'autres qui disent : « Pas du tout ! On doit
absolument étudier les textes parce que ça nous
met sur le chemin de l'Alchimie, parce que ça change
notre manière de penser qui fait que... »
Peut-être. Mais les expériences à faire,
pour moi, sont tellement simples...
F.-S. : Mais à la base,
vous êtes parti de vos connaissances scientifiques
? Mais lorsqu'on n'a pas de connaissances scientifiques,
il faut bien partir de quelque part…
P. B. : Je suis complètement
d'accord avec vous, mais la question que vous m'avez posée
était : « Pour vous, quels sont les livres…
? » Je vous ai répondu pour moi.
F.-S. : Dernière question
pour finir... Si vous pouviez transformer les vils métaux
en or, à quoi utiliseriez vous les richesses ainsi
amassées ?
P. B. : A rien du tout ! A rien.
Qu'est-ce que vous voulez que je fasse avec de l'or ? C'est
ce que je vous ai dit. Ça n'a aucun intérêt.
De plus, si j'étais capable de faire plein d'or, l'or
ne vaudrait plus rien.
F.-S. : Saint Vincent de Paul
-- comme d'autres -- avait, paraît-il, utilisé
ses richesses pour des œuvres charitables.
P. B. : Pourquoi pas ? On dit
aussi que Flamel -- ce qui est d'ailleurs vrai -- a nourri
tous les pauvres de son quartier, a monté des hôpitaux,
des églises. Pourquoi pas ? Chacun fait un peu ce qu'il
a envie de faire. Je pense que faire plein d'or serait rester
dans un système d'existence dans lequel les gens ne
sont pas bien et les conforter dans ce système-là.
Franchement, ce n'est pas une question que je me suis posée.
Si j'étais pompeux, je dirais : « La seule richesse
est la richesse du cœur. »
Je n'aurais pas cette notion humaniste de dire : « Je
vais ouvrir des restaurants, je vais nourrir les gens. »
Franchement, je ne le ferais pas. Mais je dirais plutôt
aux gens : « Vous voulez faire quelque chose ? Eh bien,
il va falloir que vous vous bougiez ! Moi, je suis volontaire
pour vous aider à bouger. Je vais passer mon temps pour
vous aider à bouger. Mais ne comptez pas sur moi pour
vous dire qu'il faut faire ci ou qu'il ne faut pas faire
ça. Je vais vous faire voir un certain nombre de choses
et c'est vous qui ferez votre choix. »
Guider les gens, pour moi, est toujours dangereux. Lorsqu'on
guide quelqu'un, est-ce qu'on le guide sur nos pas ou sur les
siens ? Mais il est certain que cette attitude pourrait
être mal vue ; les gens diraient : « Quand même,
il est capable de faire de l'or, il n'en fait pas profiter
les autres ! » Je ne pense pas que la solution soit là.
Je pense que cette espèce de névrose obsessionnelle
de l'or vient de ceux qui imaginent ce qu'est l'Alchimie, mais
pas de ceux qui savent ce qu'est l'Alchimie. On ne se nourrit
pas d'or ; l'or ne sert à rien. Il faut quand même
revenir à ça : ça ne sert
à rien ! C'est une invention de l'homme. Un jour, on
a dit : « Ça vaut quelque chose. » Mais
c'est tout. Ça ne vaut rien, et je pense qu'il est plus
intéressant, comme vous le disiez tout à
l'heure, d'apprendre à pêcher aux gens plutôt
que de leur donner du poisson -- même s'ils râlent
en disant : « Ce serait quand même beaucoup plus
simple que vous nous donniez du poisson ! » Imaginez
: je fais une tonne d'or et je commence à nourrir les
gens. Le jour où je n'aurai plus d'or, que vont dire
les gens ? Ils vont s'écrier : « Comment ! Il
nous nourrit plus ? De quel droit ? » C'est là
qu'ils vont me mettre un coup de fusil !
F.-S. : Patrick Burensteinas,
merci beaucoup.
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